En petite enfance, il y a une question qui revient souvent, sous mille formes: «Comment dois-je intervenir faire dans cette situation-là?»
Quand un enfant mord.
Quand un autre frappe.
Quand un troisième crie, s’oppose ou se replie.
On cherche LA bonne façon d'intervenir. LA bonne phrase. LE bon geste.
Un peu comme s’il existait quelque part une marche à suivre claire, précise, rassurante… qui fonctionnerait à tout coup.
Mais voilà la réalité : elle n’existe pas.
Travailler avec des enfants, ce n’est pas suivre une recette
Ce serait tellement plus simple si notre travail ressemblait à une recette. On ferait A, ensuite B, puis C… et hop, résultat garanti. Mais en milieu de garde éductatif, on ne travaille pas avec des ingrédients. On travaille avec des humains. Des enfants uniques, en développement, avec leurs émotions, leurs besoins, leur histoire… et leurs réactions parfois déroutantes.
Et ça change tout.
Parce que ce qui fonctionne avec un enfant aujourd’hui…ne fonctionnera peut-être pas demain. Ou ne fonctionnera pas du tout avec un autre. Intervenir devient presqu'un art.
Alors… on fait quoi?
On change de posture!
Au lieu de chercher LA solution parfaite, on développe quelque chose de beaucoup plus puissant : une compréhension fine de ce qui se passe. Et ça, ça passe par un incontournable en petite enfance : l’observation.
Observer pour comprendre (et non pour juger)
Observer, ce n’est pas simplement « regarder ce qui se passe ». C’est prendre un pas de recul pour tenter de comprendre :
- Qu’est-ce qui vient de se passer juste avant?
- Dans quel contexte l’enfant a-t-il réagi?
- Qu’est-ce qu’il pourrait être en train d’exprimer?
- Quel besoin se cache derrière ce comportement?
Un enfant qui mord ne “veut” pas mordre. Un enfant qui frappe ne “choisit” pas de faire mal.
Il communique, avec les moyens qu’il a, quelque chose qu’il n’arrive pas encore à dire autrement.
Avant, pendant, après : voir le portrait global
Pour aller plus loin, l’observation gagne à se faire en trois temps :
Avant : que se passe-t-il dans l’environnement? Y a-t-il une attente? Un conflit? Une stimulation trop intense?
Pendant : comment le comportement se manifeste-t-il? Quelle est l’intensité? À qui s’adresse-t-il?
Après : comment l’enfant réagit-il? Se calme-t-il rapidement? Cherche-t-il du réconfort? Évite-t-il le regard?
C’est souvent dans ces détails que se trouvent les pistes les plus éclairantes.
Des réponses… ou plutôt des hypothèses
Et c’est ici qu’un changement important s’opère. Observer ne mène pas toujours à une réponse claire et immédiate. Ça mène souvent à… des hypothèses.
Peut-être que cet enfant est fatigué.
Peut-être qu’il vit une frustration.
Peut-être qu’il cherche du contact.
Peut-être qu’il est dépassé par ses émotions.
Et c’est parfait comme ça. Parce que travailler avec des enfants, c’est accepter d’ajuster, d’essayer, d’observer à nouveau… et de réajuster. Recalcul en cour.....
Les vrais “ingrédients” du quotidien
S’il n’existe pas de recette toute faite, il y a quand même des bases solides sur lesquelles s’appuyer, jour après jour :
De la bienveillance envers les enfants, même dans leurs comportements les plus déroutants.
Du respect pour leur rythme et leur développement.
Une attention à votre propre état, parce qu’intervenir, ça demande de l’énergie.
Et bien sûr… une bonne dose de connaissances professionnelles.
Mais surtout, une capacité à observer. Encore et encore.
En conclusion
Peut-être que la plus grande erreur, en petite enfance, c’est de chercher des réponses toutes faites. Parce que la vraie richesse de votre travail se trouve ailleurs.
Elle se trouve dans votre capacité à ralentir, à regarder autrement… et à tenter de comprendre ce que chaque enfant nous dit, à sa façon.
Et ça, ce n’est pas une recette.
C’est une posture professionnelle.
Geneviève Savoie, Consultante Petite Enfance
Lectures intéressantes:
https://naitreetgrandir.com/fr/etape/1_3_ans/comportement/bg-naitre-grandir-enfant-frappe-parent/