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Et si on arrêtait de prédire l’avenir avec les enfants?

En petite enfance, vous le savez: intervenir de façon positive fait TOUTE la différence!

On cherche à guider les enfants, à les accompagner, à leur montrer ce qu’ils peuvent faire… plutôt que de leur répéter sans cesse ce qu’ils ne doivent pas faire. Mais dans la pratique, il y a un tout petit piège dans lequel on tombe plus souvent qu’on le pense. Un piège subtil. Presque automatique.

Celui de… prédire l’avenir!

Quand les interventions deviennent des prédictions

« Tu vas te faire mal! »
« Tu vas tomber! »
« Tu vas être malade! »
« Tu vas saigner! »

Ces phrases, je suis certaine que vous les connaissez!  Elles sortent souvent rapidement, presque sans réfléchir. Comme un genre de réflexe automatique! Prévenir plutôt que guérir, comme le dit le dicton.

Et elles partent toujours d’une bonne intention. On veut protéger l’enfant. On s’appuie sur notre expérience. On anticipe ce qui pourrait arriver. Parce que oui, dans bien des cas… on a raison! On a vu des enfants se blesser. On a déjà été témoins de situations similaires. On sait comment certaines actions peuvent se terminer. C'est noble ça!

Mais est-ce que ça veut dire que ça va arriver à chaque fois?

Hummmm...pas nécessairement.

Le problème avec les « tu vas… »

Lorsqu’on affirme à un enfant qu’il va se passer quelque chose, on ne laisse pas de place à l’incertitude. On transforme une possibilité… en certitude. Et ça, ça a un impact.

D’abord, cela influence la manière dont l’enfant comprend la situation : il peut en venir à croire que ce que l’adulte annonce va forcément se produire. Ensuite, cela touche aussi sa propre expérience, puisqu’un enfant apprend beaucoup en expérimentant, en essayant… et parfois en se trompant.

Il observe. Il teste. Il vérifie. Et parfois… il constatera que ce que l’adulte avait annoncé ne se produit pas.

Et si ça n’arrive pas?

C’est ici que ça devient intéressant!

Si un enfant met de la neige dans sa bouche et… n'est pas malade.
S’il met son doigt dans son nez et… ne saigne pas.

Qu’est-ce que ça envoie comme message?

Peu à peu, il pourrait remettre en question la parole de l’adulte. Pas par défi, mais simplement parce que son expérience ne correspond pas à ce qu’on lui a dit. Et la confiance, elle, se construit justement dans la cohérence entre ce qu’on dit… et ce que l’enfant vit.

À force d’annoncer des conséquences qui ne se produisent pas toujours, on risque d’affaiblir notre crédibilité. Et ça peut avoir des répercussions dans des situations où, cette fois, le danger est bien réel.

Miser sur l’expérience plutôt que sur la prédiction

Alors, qu’est-ce qu’on fait? On ajuste notre posture. Au lieu de prédire, on accompagne. On laisse une place à l’expérience, tout en encadrant de façon sécuritaire. Évidemment! 

Par exemple, si une situation se produit, on peut revenir avec l’enfant après coup et l’amener à réfléchir :

Qu’est-ce qui vient de se passer?
Comment ton corps a réagi?
Qu’est-ce que tu pourrais faire la prochaine fois?

Ce type d’intervention permet à l’enfant de faire des liens. Il comprend par lui-même, à partir de ce qu’il a vécu. Et cet apprentissage-là est beaucoup plus durable que toutes les mises en garde que vous auriez pu faire!

Dire les choses autrement

Intervenir positivement, ce n’est pas seulement éviter le «ne fais pas ça»! C’est aussi choisir des mots qui reflètent la réalité, sans exagérer les conséquences. On peut nommer un inconfort, un risque, une sensation… sans tomber dans la prédiction absolue. On peut guider, sans dramatiser. On peut encadrer, sans faire peur.

Et surtout, on peut faire confiance à la capacité de l’enfant d’apprendre à travers ses expériences.

Une question de crédibilité… et de relation

Et rappelez-vous ceci: au-delà des mots, c’est la relation qui est en jeu. Chaque interaction contribue à bâtir (ou à fragiliser) le lien de confiance entre l’enfant et l’adulte.

Quand l’enfant sent que ce qu’on lui dit est juste, cohérent et ancré dans la réalité, il est beaucoup plus enclin à nous écouter… surtout dans les moments où c’est vraiment important. Parce qu’en petite enfance, votre influence ne repose pas seulement sur ce que vous dites.

Elle repose sur la confiance que vous construisez, jour après jour.

Alors, si on laissait de côté les boules de cristal pour prévenir ce qui n'arrivera peut-être pas?

Après tout, votre rôle est déjà assez grand comme ça 😉

Geneviève Savoie, Consultante Petite Enfance

Lecture intéressante:

https://www.ciusss-capitalenationale.gouv.qc.ca/triplep/sites/d8/files/Microsites/triplep/Cinq-facons-etablir-liens-significatifs.pdf

 

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