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L’enfant oublié de votre groupe…

Y a-t-il un enfant oublié dans votre groupe? Vous savez, celui qui répond aux attentes, qui est à son affaire, qui n’attire pas l’attention? 

L’histoire de l’enfant oublié

 J’ose vous partager une tranche de vie : dernièrement, j’ai été à la rencontre de parents d’élèves de secondaire 1. Nous devions nous rendre dans le groupe du tuteur de notre enfant. Arrivée là, je me présente comme étant la mère de William. L’enseignante-tutrice me mentionne alors : « Votre garçon n’est pas dans mon groupe ». Je lui montre ma feuille d’invitation et lui mentionne que William m’a parlé d’elle… qu’elle est bel et bien sa tutrice! Elle me répond, rouge de confusion: « Vous savez, sur 24 élèves, William n’est pas celui qu’on remarque le plus, alors j’ai dû l’oublier… »  C’est ainsi que j’ai appris qu’en 3 semaines d’école, mon garçon était passé sous le radar de sa tutrice, celle qui est pourtant mandatée pour faciliter son adaptation à l’école secondaire et qui le voit chaque jour derrière son pupitre. Ceci, c’est l’histoire typique de l’enfant oublié.

Comme parent, j’ai été triste de constater qu’il avait encore été « l’oublié », mais en même temps, l’histoire se répète… Durant la période de sa vie où il a fréquenté un service de garde, c’était pas mal du copier-coller… 

La vraie de vraie réalité 

Les enfants qui passent sous les radars en service de garde sont généralement des enfants qu’on aime. Avec raison! Ils nous font sentir compétente comme éducatrice et comme éducateur puisqu’ils répondent à nos demandes assez facilement. Ils ne causent pas de problèmes, ne ralentissent pas les routines et peuvent même être aidants à bien des égards. En réalité, comme ils ont moins besoin de notre support, nous mettons l’accent sur ceux qui se montrent moins autonomes et collaborateurs. Et c’est normal! Chaque enfant est unique et certains demandent plus d’attention et d’actions éducatives que d’autres.

Il est là notre défi comme éducatrice et comme éducateur : se diviser en 8 à parts égales, alors que la vraie de vraie réalité nous amène plutôt à donner une grande part de notre temps à 3-4 enfants. Mais faut-il vraiment chercher à se séparer en 8 parts égales? Peut-on faire autrement? 

Égalité et équité 

C’est ici qu’entrent en jeux les concepts d’égalité et d’équité. L’égalité, c’est quand on accorde 1 heure d’attention à chaque enfant par jour…  ridicule!!! L’équité, c’est accorder à chaque enfant le temps dont il a besoin. Basé là-dessus, il est clair que les enfants oubliés n’auront pas autant de temps qui leur sera accordé que d’autres, parce que oui, en apparence, ils n’en ont pas besoin… mais… 

Temps versus disponibilité 

Si je reviens à mon garçon, il est clair qu’il n’a pas besoin que sa tutrice le rencontre quotidiennement. En effet, il est préférable qu’elle concentre ses énergies sur ceux qui ont des plans d’intervention individuels et des difficultés d’apprentissage. Ça, c’est pour son temps… Par contre, en 3 semaines, elle aurait au moins dû aller le voir une fois pour lui nommer qu’elle sera toujours disponible pour lui, qu’elle lui accordera moins de temps par moment, mais que s’il en éprouve le besoin, elle sera là pour lui.

De la même manière, l’enfant oublié en service de garde n’a peut-être pas besoin que vous lui accordiez du temps pour l’aider à s’habiller, mais il doit savoir que vous êtes toujours disponible pour lui s’il en a besoin. Parce qu’il y aura bien une journée où, pour une raison ou une autre, il sentira la nécessité de vous raconter un événement important de sa vie ou de vous montrer son nouveau chandail.

Il aura besoin que vous lui fassiez un sourire et un clin d’œil à la table lorsqu’il sera le seul à y être resté assis durant le repas. Il aura besoin de sentir que vous lui accordez votre confiance quand ce sera lui qui ira chercher la collation dans le frigo. S’il vous arrive d’éprouver de la difficulté à expliquer à certains parents les activités préférées de leur enfant, à leur décrire comment ils ont vécu leur journée en termes de savoir, savoir-faire et savoir-être et si vous ne savez pas trop où se trouve leur zone proximale de développement, alors il est possible qu’un ou deux enfants oubliés se cachent dans votre groupe.

C’est là qu’il faut se réajuster en misant sur votre disponibilité auprès d’eux et en réajustant votre façon d’observer chaque enfant en termes de qualité et non pas en termes de quantité. En accordant de la disponibilité à chaque enfant, on rejette les « il a passé une belle journée, rien à dire comme d’habitude… y’é tellement fin qu’on en voudrait 8 comme lui! » C’est ainsi que nos enfants oubliés ne le seront plus… 

Mélanie Coulombe, Consultante Petite Enfance

Lecture intéressante: 

https://naitreetgrandir.com/fr/etape/1_3_ans/comportement/ik-naitre-grandir-enfant-solitaire-que-faire/

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